«Les manières les plus académiques ou doctrinales d’interpréter et d’expliquer les espaces nous ont peut être privé des espaces en fin de comptes les plus intéressants: espaces qui ne se laissaient pas forcement voir, qui ne sont pas facilement descriptibles, des espaces presque absents, où il manquerait quelque chose.» Sara de Giles.

Des espaces masqués, comme celui qui se forme sous une chaise existent partout dans la ville, ils sont déjà là, cachés derrière un usage qui disparaît. Egarés, souvent invisibles, ces lieux ont rarement été repensés, mais pourraient l’être aujourd’hui. Il suffirait d’inverser notre regard, de retourner la chaise.

Investir des espaces vacants, des lieux qui se libèrent. Saisir ces opportunités à travers une stratégie de reconquête urbaine, qui comprend les potentialités des Chais et autres pièces disponibles. Partout dans la ville, la puissance publique créerait ses réserves foncières et spatiales. Une toile qui se tisse au fil du temps.

Cette démarche vient toucher les points sensibles de la ville, pour les réactiver en y amenant un souffle nouveau, qui se traduirait par l’apport de pratiques manquantes, nouvelles ou simplement oubliées. Ces lieux de rencontre, accessibles à tous, proposent une autre vision des réseaux sociaux, une fibre supplémentaire dans le tissu humain et urbain de la CUB. Des poches de respiration et d’inspiration qui pourraient être lues comme une extension de l’espace public, un «vide» sur le Plan de Nolli.

Ces lieux à vocation humaine qui se multiplieraient dans le temps tout au long du territoire de la CUB sont les Ateliers CUB. S’inspirant du concept de vélos en libre partage, les V 3, et le transposant à ces espaces afin de les mettre en réseau, les A 3 viseraient à donner à l’immobilier la polyvalence et la diversité d’usages et d’interprétations du mobilier urbain. Il s’agit d’espaces de vie partagés qui seraient le support de nouvelles activités, privilégiant la spontanéité et la participation. Ainsi, ce sont leurs occupants qui leur donnent sens, au rythme des appropriations. Ils se veulent des lieux de fabrication de la ville, des projets communs pour une période plus ou moins déterminée.

Ces enceintes accueilleraient des jardins secrets, locaux associatifs, salles de quartier, mais en aucun cas un programme déterminé. L’Hôte propose, observe, interroge, et laisse l’Atelier se construire naturellement. Il s’agit de bousculer la vision classique de l’équipement public, en offrant un nouveau lieu de rassemblement plus adaptable et surtout plus adoptable par chaque individu. Afin d’offrir une multitude de possibilités, le minimum d’interventions, celles de premières nécessités, seraient opérées pour l’habiter : quelques éléments permettant la restauration, des salles d’eau, des sanitaires, un toit.

L’architecture se comprend finalement comme un support pour contenir ces usages, un catalyseur de ces instants forts dans la ville. Il s’agirait de révéler les pièces qui permettent l’émergence de ces lieux mixtes, diffus et à la fois uniques.

«L’avenir est un présent que nous fait le passé», par ces quelques mots André Malraux évoque cette transmission de patrimoine à la fois spatial et culturel. Le Chai n’a plus vocation de stockage physique lié au commerce mais devient un lieu d’approvisionnement cognitif.

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architect: Atelier 6 Architecture  |  status: Competition (2012)  |  visualizer: Studio  |  scale: medium  |  types: cultural, cultural center  |  views: 1.359