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  • Beta Architecture
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    unbuilt architecture

Our work.
Collection.

Le projet propose de « fabriquer » de l’urbanité.

Il s’agit de construire la ville à travers une nouvelle institution et un nouvel espace public qui entretiendraient un lien symbolique avec le passé du site ainsi renouvelé. Cette formidable ambition s’inscrit dans une lecture très attentive du lieu, de ses composantes et de ses potentiels. Ainsi, le constat d’une importante densité sur la zone de la gare de Lausanne conduit à proposer des espaces publics de qualité plutôt qu’une densification. En ce sens le nécessaire désenclavement du site et la construction du vide recherché s’opèrent à travers un volume linéaire au nord des voies qui crée et protège ce nouvel espace ouvert, destiné à l’activité sociale du pôle muséal.

La prise en compte de l’implantation des halles qui obstruent le site dans la relation est/ouest et le jugement de leur inadaptation à l’accueil des espaces muséaux excluent donc leur conservation matérielle. Les auteurs proposent alors de mettre en valeur quelques éléments précis pour conserver l’héritage du passé sur le plan symbolique et émotionnel.

La proposition cohérente et courageuse de ne conserver que des fragments des halles ne peut s’apprécier qu’en regard de la qualité de l’espace public proposé et de l’adéquation du volume simple et abstrait destiné au musée. Dans ce contexte, le projet construit un véritable parc urbain où la symbolique ferroviaire est assimilée à celle d’un espace industriel. Contrairement à la sécheresse des illustrations perspectives, les auteurs décrivent un parc où la végétation s’inscrira entre les rails et où les platanes organiseront le lien entre la place du musée et celle de la gare.

Le volume simple du MCBA définit d’un côté un prisme lisse en référence à la vitesse des trains, ponctué de la grande fenêtre conservée du pignon de la halle centrale. Il contient de l’autre la place, avec un rythme vertical en façade. Le dessin des toitures propose une belle 5e façade par les vitrages disposés pour l’éclairage zénithal.

Libéré de la géométrie des halles, le nouveau musée peut proposer des qualités tant fonctionnelles que spatiales, de distribution et de lumière sur les trois niveaux où se répartissent les différentes affectations. Mais ce projet « neuf » ne s’affranchit pas totalement des halles et de leur caractère dont il s’inspire pour provoquer les émotions recherchées.

Là où le pont roulant distribuait les locomotives, le fragment conservé de la nef centrale devient, comme une révérence, l’espace de l’accueil et de la distribution des visiteurs du musée. Ici, la coupe est magnifiée à la dimension de l’institution, alors que tous les espaces d’exposition sont quant à eux plus neutre et de nature à répondre strictement à leur but : permettre tour à tour l’organisation des expositions, la présentation et la contemplation des oeuvres dans des conditions optimales de lumière et de climat.

Ces fonctionnalités sont ici parfaitement atteintes et la répartition des différentes activités comme leur accessibilité indépendante permettent une grande flexibilité dans l’usage du musée.

Choisie pour ses qualités de réception de la lumière et pour offrir de légers reliefs, la brique d’une couleur relativement neutre est mise en oeuvre sur toutes les façades du musée. Très lisse et abstraite côté voies, elle accueille sur le pignon est, comme une dentelle, le profil de l’une des nefs latérales qui met en valeur par contraste la neutralité de la façade.

Les grands et fins pilastres verticaux confèrent une élégance différenciée à la façade de l’accueil et de la place. Ils garantissent le fort contraste et la vibration des ombres et de la lumière, et laissent deviner les ouvertures au nord qui, disposées habilement, mettent le musée en relation, in vivo cette fois, avec la place, donc avec la ville.

Le jury apprécie particulièrement la cohérence et la grande qualité du projet qui, d’une analyse précise portant à un acte courageux, abouti à un vrai espace muséal et offre une nouvelle définition de l’urbanité et de l’échange.