« Le rassurant de l’équilibre, c’est que rien ne bouge. Le vrai de l’équilibre, c’est qu’il suffit d’un souffle pour tout faire bouger. » – Julien Gracq

Au cœur de l’Ouest Lausannois, à la rencontre des territoires de Renens, Lausanne et Prilly, le quartier de Malley prend forme. Les projets des CFF, au Sud des voies, sont connus, les chantiers ouvriront bientôt. Ils aborderont un territoire pratiquement vierge de construction qu’ils contribueront à ancrer dans le paysage urbain. Au Nord des voies, bien que le projet de densification de Malley Lumière est aujourd’hui connu, la problématique est plus complexe.

Le viaduc ferroviaire scande le paysage de ses piles massives, la topographie nous raconte une histoire devenue incompréhensible au fil du temps, le bâtiment du badminton évoque l’économie de moyen d’une zone artisanale autrefois périphérique. Cette situation, un brin anarchique, est porteuse de richesses insoupçonnées que nous avons choisi de révéler, à la recherche d’un nouvel équilibre. Notre proposition ne cherche pas à simplifier mais bien d’avantage à révéler et mettre en mouvement le potentiel formidable de ce site.

Forme urbaine

Le projet se présente comme un ensemble de 3 bâtiments distincts. Le bâtiment de la Bâloise, reconstruit et densifié, celui du Badminton et la tour Tilia. Disposés dans le territoire selon un système d’axe commun, les 3 corps bâtis jouissent d’une autonomie formelle. Les bâtiments de la Bâloise et du Badminton sont juxtaposés mais décalés alors que la tour Tilia est séparée de ces deux compagnons par une ruelle piétonne. Cette disposition en plan fluidifie les parcours piétons du Nord au Sud en cohérence avec la perméabilité offerte par le viaduc ferroviaire et sa future extension vers l’Ouest. La complicité formelle et programmatique des 3 édifices est révélée au niveau de la toiture du Badminton connectée aux deux constructions voisines.

La tour Tilia rayonne dans toutes les directions. Elle assume son statut de repère urbain, sa verticalité chevillée à l’horizontalité du viaduc. Construite en bois et dotée de façades photovoltaïques, elle se présente comme un manifeste écologique, social et constructif. Elle organise la topographie autour d’elle raccordant les différents niveaux de référence présents sur le site. La place du Galicien trouve une morphologie plus précise. Son niveau actuel est maintenu, son pourtour bâti est garni d’échoppes et de cafés. De généreuses terrasses, des rampes et des escaliers la raccordent à la voirie actuelle et aux transports en commun.

Caractère

Le projet s’inspire du passé industrieux du site en proposant une image forte, à la fois rationnelle et sophistiquée. Son imaginaire est à chercher du côté de la ville américaine : verticalité, congestion brutale et poétique de fonctions diverses, métros aériens, escaliers de secours… Les éléments saillants du contexte et de son histoire, le viaduc ferroviaire et, de façon plus générale, un certain pragmatisme empreint d’efficacité constructive et fonctionnelle ont inspiré la facture des trois édifices. Chacun des trois bâtiments relate, à sa manière, un récit de bâtisseur. Les façades proposées ont en commun une épaisseur constructive, capable de capter la lumière, de la réfléchir, de produire des ombres changeantes au fil des heures et des saisons. La mixité de programme nous a inspiré des objets dont la robustesse sera capable d’accepter les variations d’usage à venir aussi bien que les mutations du tissu bâti avoisinant : formes fortes pour contexte puissant et mouvant.

La tour Tilia assume avec aisance sa verticalité et sa mixité programmatique. Sa structure porteuse en bois est protégée des intempéries par une peau de verre, de cellules photovoltaïques et de métal. Les éléments structurels métalliques de sa façade accrochent la lumière et lui confèrent une plasticité sculpturale. Le travail de composition, la recherche de justes proportions, du détail à l’ensemble, la dotent d’une élégance intemporelle. Des changements de profondeur et de rythme décomposent le volume et dévoilent la diversité des usages et des fonctions qu’il héberge.

Le bâtiment du Badminton en enveloppé d’une grille métallique de profondeur variable. Sur la venelle partagée avec la Tour, diverses fonctions prennent place dans l’épaisseur de ce revêtement : nouvelle entrée à l’équipement sportif, circulations verticales vers la toiture terrasse, accès piétons aux parkings vélo et automobile. Cette nouvelle enveloppe introduit une échelle plus réduite, celle de l’atelier, de la construction métallique artisanale et donne naissance à la passerelle jetée vers la tour Tilia.

Le bâtiment de la Bâloise est reconstruit et agrandi. Il présente une alternance de bandeaux vitrés et de panneaux de cellules photovoltaïques que souligne une structure métallique à dominante horizontale.

Urbanité verticale

Comment organiser verticalement des programmes divers en favorisant les rencontres et les interactions entre les usagers ? Cette question accompagne le développement des gratte-ciels depuis les premières expériences américaines. Le projet le plus emblématique de cette recherche restant le downtown athletic club situé à Manhattan et repéré par Rem Koolhaas. Notre proposition pour la tour Tilia poursuit cette prospection en superposant des blocs de programme de maximum 5 niveaux qui favoriseront l’éclosion d’une riche vie sociale en réduisant le nombre d’usagers partageant les mêmes espaces collectifs. Les blocs sont organisés sur un principe unique : le noyau.

Programme

La tour Tilia accueille l’essentiel du programme au sein de ses 28 niveaux superposés. Son organisation spatiale découle directement du système constructif retenu : une tour en bois organisée autour d’un confortable noyau distributif en béton armé. Le principe est fort simple, il propose deux types d’espaces :

– Collectifs et conviviaux au sein du noyau distributif,
– Intimes et ouverts sur le paysage sur les plateaux.

La structure verticale se limite au noyau en béton armé et à une couronne de colonne en bois massif située contre la façade. Ce dispositif constructif offre une grande liberté d’organisation des plateaux ainsi qu’une flexibilité optimale au cours de la vie de l’édifice.

– Les 3 premiers étages accueillent les activités commerciales. Ils sont accessibles depuis les 2 niveaux de référence, celui de la Place du Galicien et celui de la venelle.
– Les étages +1 à +2 sont dévolus aux loisirs
– Les étages +3 à +6 contiennent le co-working et co-living. Une passerelle donne accès à la terrasse située en toiture du Badminton.
– L’hôtel occupe les étages +7 à +11
– Les logements sont répartis en cinq blocs programmatiques et occupent les étages +12 à +26. Des appartements de type cluster en duplex traversants occupent les parties centrale du plans. Des logements plus traditionnels occupent les pignons et proposent de doubles orientations.
– Un restaurant avec terrasse panoramique occupe une partie du rooftop
– Un night-club prend place au premier sous-sol.

Le badminton trouve une nouvelle entrée sur la ruelle ainsi qu’une toiture terrasse partagée avec la Tour Tilia et le bâtiment de la Bâloise. Le bâtiment de la Bâloise abrite des espaces de co-working et de co-living au sein d’une structure polyvalente. Il bénéficie d’un accès direct à la toiture terrasse du Badminton ainsi qu’à la Tour Tilia par la passerelle surplombant la ruelle.

Aménagements extérieurs

Le site de la Galicienne possède un caractère bien trempé. Rescapé des évolutions et constructions successives du quartier de Prilly-Malley, il joue aujourd’hui un rôle important dans la vie culturelle lausannoise. Ce caractère marqué, le site le doit à son évolution : ce lieu un peu oublié, entre routes, dépôts et viaduc, a su devenir attractif au fil du temps de par ses ambiances singulières. Topographie marquée, contexte emblématique du viaduc, ambiances végétales spontanées et pionnières, simplicité et rudesse des matériaux, sont autant d’atouts qui doivent nourrir le projet d’aménagement extérieur de demain. Ainsi, la métamorphose urbaine pourra s’opérer et les nouvelles fonctions s’installer, sans perdre le caractère si particulier de la Galicienne.

Parti d’aménagement et ambiances

Le parti architectural confirme la topographie existante. Ainsi, la place du Galicien conserve son niveau en contrebas du chemin du Viaduc, de la route de Renens et de l’Avenue du Chablais. Au sud-est, la différence de niveau est aménagée sous la forme d’un ample espace en terrasses et escaliers, maintenant une grande perméabilité depuis le chemin du Viaduc et l’Avenue du Chablais. Plantées d’arbres et végétalisées, ces terrasses génèrent assises et espaces de rencontre, et mettent en scène la situation spectaculaire de la Galicienne, en contrebas du viaduc. L’eau pourra y faire ponctuellement son apparition dans le bassin de rétention prévu à cet effet au niveau bas de la place, au pied des arches.

La végétation et les matériaux évoquent le caractère pionnier et sec du site, faisant la part belle aux plantes rudérales (saules, peupliers, pins) et aux matériaux bruts (bétons pisés, grossièrement bouchardés, graves végétalisées, …). Les plus grands végétaux (peupliers d’Italie) offriront un beau rapport d’échelle avec la tour et le viaduc.

Au nord de la place, une alternance d’échoppes et de petits jardins de plantes d’ombre occupent l’espace au-dessous du viaduc et complètent les commerces situés le long de l’Avenue du Chablais, insérés en arcade dans la différence de niveau. Avec le rez-de-chaussée de la tour, ils cadrent et activent la place.

Deux espaces en pentes, sur les flancs nord et sud de la tour, permettent de rejoindre le niveau du chemin du Viaduc et d’atteindre la grande venelle. Cette dernière, à niveau avec le chemin du Viaduc, propose une traversée directe entre Malley-Lumières, et la route de Renens et le tram. Plus large qu’un simple passage, elle est destinée à être habitée et elle possède son atmosphère propre : des ilots plantés de cépées et équipés à la façon de petits salons invitent à s’arrêter et prolongent les activités du rez-de-chaussée de la tour. A l’arrière, la végétalisation de la façade du badminton sous forme de grimpantes offre un décor végétal monumental à ces aménités.

L’espace du Galicien se prolonge à l’Est, en lien notamment avec la suppression du terre-plein du chemin de fer. En résonance aux aménagements de la place, de grandes terrasses permettent de régler la différence de niveau tout en favorisant une grande perméabilité et une riche valeur d’usage le long de la route de Renens. Abondamment plantées, ces terrasses proposent des ambiances différentes de celles de la place, mettant en scène la situation ombragée, au nord des bâtiments : la végétation y est dense et les feuillages opulents. Les arbres plantés serrés évoquent des forêts pionnières (bouleaux, aulnes, pins), complétés au sol par une strate herbacée qui évoque le sous-bois. La traversée de cet espace offre une transition saisissante entre les nouveaux bâtiments et la route de Renens.

Au niveau bas, d’amples surfaces minérales permettent l’accueil temporaire de manifestations, et offre un accès confortable aux cyclistes rejoignant la vélostation. Au sud, l’axe et les abords du chemin du Viaduc sont plantés d’une arborisation généreuse, composée de séquences d’alignements d’arbres à grand développement (ormes). Cette végétation génère des espaces ombragés et tranquillisés, garants d’une qualité d’usage et d’ambiance pour le quartier. La fluidité des différents modes est assurée au niveau du sol et des équipements fonctionnels (stationnement cycles, accès au parking, déposes-minute) sont intégrés le long de ces séquences plantées.

Enfin, la toiture du badminton fait peau neuve. La grille, support de la végétalisation des façades, se retourne sur le toit, afin d’y proposer une pergola géante. Cette 5e façade est destinée à être habitée : outre les passages entre les deux bâtiments, les surfaces en bois proposent de petites places en s’élargissant au gré des situations. Rencontres, séances, lunchs et déjeuners de l’hôtel pourront s’y dérouler et profiter de ce jardin suspendu, où alternent ambiances intimes à l’ombre des plantes grimpantes et dégagements généreux sur le nouveau quartier de Prilly-Malley.

Description structure

Sur toute la hauteur du bâtiment, un noyau en béton armé accueillant notamment de vastes paliers et les voies de circulation verticales (cages d’ascenseur, monte-charge, escaliers et gaines techniques) transmet un peu plus de 50% des charges verticales aux fondations et fait office de contreventement.

De la toiture au 3ème étage, des planchers mixtes bois-béton préfabriqués viennent se fixer à ce noyau. Ils portent tous dans la même direction, dans le sens transversal du bâtiment, sur une travée de 9m respectivement 5.3m. Ces planchers sont composés de solives en bois lamellé-collé de 22cm de haut et d’une dalle en béton armé de 14 cm faisant office de table de compression et de diaphragme utile à la stabilisation horizontale des plateaux. La dalle en béton incorpore localement des orifices à claver au droit des solives faisant office de coffrage. Ces clavages servent à transmettre les efforts de cisaillement induits par les sollicitations horizontales (vent ou séisme) entre les modules de dalle et noyau central.

Sur la périphérie de la tour, des sommiers préfabriqués en section mixte bois-béton réceptionnent les planchers. Ces sommiers sont liés par des joints de clavage et s’appuient sur des poteaux en bois lamellé-collé de haute performance. Ils portent sur deux à trois travées et sont dimensionnés de manière à supporter la sollicitation accidentelle consistant en la défaillance d’un poteau. Des barres en acier et des plaques incorporées permettent de transférer directement les efforts d’un poteau à l’autre. Dans le sens longitudinal du bâtiment, des sommiers en acier relient les noyaux aux poteaux de façades et permettent l’appui des planchers de 5.3m de portée.

Du 2ème/ étage au sous-sol, la structure porteuse est en béton armé et en acier. Une poutre Virendeel périphérique en acier sur deux niveaux permet de renoncer à un pilier sur deux sur les grands côtés du bâtiment au rez supérieur et rez inférieur. Ceci permet un avantageux désencombrement de ces deux niveaux. La répétitivité de la structure et son haut de degré de préfabrication associés à la technique des coffrages auto-grimpants permet d’envisager un déroulement des travaux rapide pour une tour de cette ampleur, le second œuvre pouvant démarrer avant même d’avoir terminé les travaux de gros-œuvre.

credits

architect: Aeby Perneger & Associés  |  team: Gionata Gianocca, Andrea Schiavio, Ana-Maria Marin, José Bru, Riccardo Guglielmi, Anna-Lisa Beck  |  client: Unknown  |  status: Competition (2020)  |  location: Lausanne, Switzerland (46.527868, 6.602965)  |  climate: Continental, Temperate  |  materials: concrete, glass  |  environments: Urban, Railway  |  visualizer: Nicola di Pietro  |  scale: 38.890 m2 large  |  types: appartment building, residential  |  views: 900